Prises de position Aménagement du Territoire

ll devient urgent de réaliser que l'espace ne se reconstitue pas à mesure que nous le dévorons. Il serait prudent de ne pas chercher à nous rassurer trop vite en balayant la question d'un « mais de la place, il y en a encore » un peu rapide. Comme si ces espaces non bâtis donnaient le sentiment d'un vide insupportable à combler. Nous n'avons sans doute pas encore suffisamment réalisé que ce sont des espaces de vie indissociable de la nôtre. Cela devrait paraître du moins évident pour l'espace agricole, or, ça n'est pas toujours le cas, tant s'en faut.

Alors, jusqu'où occuper l'espace ? Existe-t-il des limites au peuplement des territoires ? S'il existe un équilibre entre espace « libre » et espace occupé, où se situe-t-il ? Faut-il favoriser la concentration de la population et des équipements ici, concentrer ailleurs la production agricole et aller jusqu'au bout de la désertification de certaines zones laissées sans trop de regret à la nature car décidément trop loin de tout ? Mais est-ce possible, ne serait-ce qu'au regard du fonctionnement de l'espace naturel ? La Trame Verte et Bleue s'invite aujourd'hui dans le débat et son premier mérite est de nous rappeler l'évidence que la nature a besoin de place partout, y compris en zone urbaine.

Les outils actuels, tels que les SCOT, montrent leurs limites, en ce sens qu'ils organisent davantage la consommation de l'espace que véritablement sa maîtrise. Il faudra bien s'interroger sur le bon niveau des décisions : peut-on sérieusement espérer mettre en œuvre une véritable politique d'économie de l'espace sans une autorité supra locale ? Veiller à l'équilibre suppose une vision suffisamment globale et éloignée des pressions de tous ordres. Ce peut aussi être le fait d'un schéma régional, largement concerté dans sa phase d'élaboration, mais opposable une fois en place.

Cette régulation politique doit bien sûr s'accompagner d'une révision fiscale. Cette réforme devrait avoir pour objectif de rééquilibrer le marché du foncier, notamment péri-urbain, par la préservation à long terme des espaces naturels et agricoles. Il s'agirait d'augmenter fortement les prélèvements fiscaux concernant toute artificialisation des sols, et en parallèle, d'attribuer aux espaces naturels un prix obligeant sa prise en considération. L'actuelle gratuité des services rendus par les milieux naturels en occulte la valeur dans le système économique, alors même que leur perte, leur artificialisation, ou leur surexploitation se paye un jour par la collectivité. L'étude du paiement de ces services écologiques est un préalable à la mise en place d'une recherche déterminée de ces équilibres si difficiles à trouver, les parties à prendre en compte, développement d'une part, espace naturel de l'autre, étant très inégalement valorisées, voire pas du tout pour ce dernier.

La fonction de l'agriculture doit aussi être repensée en zone périurbaine, dans le sens d'un développement des liens économiques et fonctionnels avec la population résidente.

Aménager l'espace c'est croiser la robustesse des territoires, au sens de leur capacité à supporter les soubresauts de l'économie, c'est valoriser les atouts locaux, rechercher l'équité des moyens pour permettre l'accessibilité à toutes les ressources publiques potentielles, préserver nos espaces naturels, les espèces qui y vivent et enfin faire preuve d'une exploitation responsable des matières premières et renouvelables. Pour faire court, il s'agit bien de durabilité. Appliquons les cinq finalités de l'agenda 21 : la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité, des milieux et des ressources, la cohésion sociale et la solidarité entre les territoires et les générations, l'épanouissement de tous les êtres humains, une dynamique de développement suivant des modes de production et de consommation responsables.

La population régionale va connaître à l'avenir de profonds changements déjà à l'œuvre. Notre région va vieillir. Certes, ça n'est pas une découverte. Certes, elle ne sera pas la seule à subir ce phénomène général. Mais elle sera plus touchée que d'autres, du moins sur une large part de son espace. Si les projections démographiques devaient suivre leurs tendances actuelles, les effets sur la société régionale conduiraient à de tels déséquilibres qu'il deviendrait parfaitement vain d'évoquer une quelconque cohérence.A plus d'un égard, nous ne sommes pas préparés à passer ce cap difficile des prochaines décennies, celui d'un bouleversement de la pyramide des âges que nous devons dès maintenant regarder en face sans le refuser ni en avoir peur.

Osons mettre un terme à l'illusion que chaque territoire, quelle que soit sa réalité, et notamment sa réalité démographique, serait à égalité avec tous les autres, la différence n'étant qu'une question de nombre d'habitants censés rendre ses besoins plus modestes. Osons affirmer que chacun a bien entendu un rôle qui contribue à la vie régionale, mais un rôle qui corresponde à son contexte propre. Et par conséquent, osons proposer des solutions différenciées en fonction de ce contexte.

Si rien ne vient modifier la donne, le vieillissement de notre région sera aggravé par la baisse des jeunes et des classes d'âge de la population active. Enrayer ce fait aggravant passe par un changement de la représentation de notre région, représentation que nous donnons d'elle, mais aussi et d'abord représentation que nous nous faisons d'elle. Proposons une vision, c'est-à-dire au final une offre qui soit davantage en phase avec les attentes de la société actuelle et de demain.

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